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L’irresponsabilité sociale des scientifiques
Jean-Jacques Salomon
cosmopolis
 

Je commencerai par une anecdote [1]. Un journaliste, m’interviewant à propos de ce livre, Les scientifiques – Entre pouvoir et savoir, m’a demandé de distinguer les recherches qui n’ont rien à voir avec le complexe militaro-industriel et celles qui en dépendent. J’ai aussitôt répondu: «Il y a d’un côté la cosmologie et, de l’autre, l’astronomie». En fait, naïveté ou ignorance, j’avais tort. Il m’a suffi de lire quelques jours après les Mémoires de Robert Dautray, l’homme qui a contribué à la mise au point de la bombe thermonucléaire française, pour percevoir qu’il n’y a effectivement plus beaucoup de domaines — pratiquement aucun — qui échappent à l’intérêt et au soutien des états-majors, fussent suivant la vieille distinction d’Auguste Comte les disciplines les plus éloignées de notre intervention sur les phénomènes naturels. Dautray a beau jeu, en effet, de montrer que la combustion dont le soleil est le théâtre ressemble à celle qui se déroule au sein d’une bombe H, de sorte que l’étude et le savoir de l’un contribue à l’étude et à la maîtrise de l’autre. Comme il l’a écrit lui-même d’une façon presque poétique: «Je me fis ainsi le passeur entre le monde des armes et celui des étoiles» [2].
Pourtant, aux yeux des scientifiques qui se consacrent à la recherche fondamentale, seule compte la poursuite du savoir pour lui-même, sans liens à ses répercussions. Et nombre de scientifiques dans des recherches appliquées pensent de même: les effets d’une découverte ou d’une invention ne sont pas de leur ressort. Si pour Aristote, l’homme se définit par le désir de savoir, la recherche peut être véritablement une passion. Et s’il n’y a pas plus grand bonheur, comme disait Stendhal, que de voir coïncider sa passion avec son métier, ce bonheur définit aussi la quête de vérité et d’universalité.qui est l’essence même de la science. Le lien entre cette quête et les applications les plus dangereuses pour l’avenir même de l’humanité soulève néanmoins une question que l’on ne peut plus esquiver.
Pendant longtemps, en fait, la recherche n’a pas été un métier et la poursuite de la science proprement dite a eu fort peu de retombées pratiques. Pour comprendre les changements dont elle a été l’objet, son insertion croissante dans les affaires du monde, il faut remonter aux débuts de la science moderne, cette science expérimentale illustrée par Galilée, Bacon, Descartes, Newton, et dont la Charte de la Royal Society (1662) souligne bien le contexte de sa mission: il s’agit «d’assurer le perfectionnement de la connaissance des choses naturelles et de tous les arts utiles sans se mêler de Théologie, Métaphysique, Morale, Politique». C’était proclamer, au-delà de l’objectivité de la méthode et de ses résultats, autonomie et neutralité par rapport non seulement aux pouvoirs (religieux, politique, économique), mais aussi aux valeurs autres que celles de la science. Or la professionnalisation et l’industrialisation de la recherche scientifique ont de plus en plus placé les scientifiques au cœur de l’histoire: une évolution qui s’accélère à partir de la fin du XIXè siècle en fonction du rapprochement croissant entre savoir théorique et savoir-faire technique, recherche fondamentale et recherche appliquée, science et technologie, et dès lors entre l’université, l’industrie et l’armée, tout comme entre le secteur public et le secteur privé.
Le substantif «scientifique» — celui qui fait la science — apparaît en 1840 dans un livre de W. Whewell et prendra encore près d’un demi-siècle avant de se voir reconnaître droit de cité sur le continent européen: succédant au «savant» ou au «philosophe de la nature», il consacre un véritable remaniement culturel, aux termes duquel la philosophie cesse d’être un point de repère pour la science, sinon son prolongement. La diffusion du mot sanctionne le passage de l’état à la fonction, c’est-à-dire à un métier qui se démarque de plus en plus, par son langage, ses procédures et ses canaux de communication, des humanités.
La première partie des Scientifiques est consacrée à l’histoire et au développement de cette nouvelle profession, à ses spécificités (ses normes propres qui déterminent l’exigence et les formes de la publication), son essor au sein et en dehors des universités, ses dérives aussi liées à une population croissante qui entraîne une lutte pour la reconnaissance d’autant plus vive (d’où les fraudes comme le réent pseudo-clonage humain du vétérinare sud-coréen et les conflits d’intérêt liés aux contrats industriels). La publication est ce qui se distingue spécifiquement le métier de chercheur de tous les autres: publish or perish est le slogan américain qui préside à la compétition et aux batailles de pouvoir entre spécialistes, il faut constamment faire ses preuves, le crédit moral et intellectuel est la garantie du crédit financier et matériel qui assure le renouvellement des contrats. De plus, cette profession nouvelle signale désormais des rôles aussi différents que ceux d’expert, stratège, diplomate, soldat, commerçant, industriel, espion, trafiquant, mercenaire, certains chercheurs se trouvant parfaitement à l’aise dans les allées du pouvoir, dans les états-majors et/ou les conseils d’administration — au cœur du complexe militaro-industriel comme des centres de décision. Bacon dans son utopie de La Nouvelle Atlantide avait déjà imaginé le triomphe de la science moderne sous l’habit de tous ces différents rôles.
C’est tout le thème de la deuxième partie de ce livre, «Les chercheurs au péril de l’histoire», qui les montre en grande majorité tout aussi peu détachés des contingences, des pressions et des engagements politiques ou économiques que n’importe quelle autre profession. Et qui montre en même temps beaucoup d’entre eux indifférents aux répercussions de leurs découvertes ou de leurs innovations. Les guerres du XXe siècle ont rendu cette profession indispensable aux pouvoirs politiques et du même coup celle-ci a exercé une influence de plus en plus importante sur les affaires du monde. La Première Guerre mondiale est l’occasion d’une production de masse des armements sans apporter de réelles innovations, si ce n’est le recours aux gaz asphyxiants sur les champs de bataille, qu’on doit à Fritz Haber, prix Nobel en 1918 pour la synthèse de l’ammoniac, pionnier assurément de ce qui deviendra le complexe militaro-industriel — premier négatif, a dit André Malraux, au bilan de la science. En fait, il y chez certains scientifiques l’aspiration à l’exercice d’un véritable pouvoir si l’on songe à l’influence que l’eugénique — fausse science, mais idéologie d’autant plus séduisante qu’elle s’est développée au XXè siècle dans la crainte de la dégénérescence de la société (et de la race blanche) — a exercée d’abord sur les législations aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne ou en Suède (la stérilisation des «inaptes» et des «déviants»). Dans l’Antiquité (Platon), on visait par le social à intervenir sur la transmission biologique, désormais c’est la biologie (Galton, démographie et génétique aidant) qui visera à intervenir sur le social. Le scientifique en tant qu’expert entend peser sur la volonté politique à travers les législations. Ce biopouvoir s’engage sous le nazisme dans l’extermination des malades mentaux et des «non conformes», les expérimentations menées dans les camps de concentration et le recours industriel aux chambres à gaz pour «la solution finale». Il est impossible de minimiser le rôle qu’y ont joué les biologistes, démographes, anthropologues, psychologues et médecins: pour parler comme Hannah Arendt, ce n’était pas anodin, il ne s’agissait pas de scientifiques «dévoyés», mais souvent aussi de chercheurs ordinaires, en liaison avec les Instituts du réseau Kaiser Wilhem (bientôt Max Planck) qui illustrent la banalité du mal quand le pouvoir de la science coïncide avec les intérêts de domination d’un gtroupe, d’un peuple ou d’une nation.
Il est frappant — et inquiétant — de voir l’eugénisme revenir de sa mauvaise réputation avec les développements de la biologie moléculaire: l’ingénierie génétique, le diagnostic pré-implantatoire (DPI), le clonage thérapeutique, à plus forte raison s’il se veut reproductif, conduisent certains à renouveler le projet d’une société purifiée de ses défauts et déviances génétiques par l’intervention de la science: hier sous une force coercitive dans des régimes totalitaires, aujourd’hui sous les dehors de régimes démocratiques. Ainsi Francis Crick, l’un des trois découvreurs avec Watson et Wilkins de la structure de l’ADN en double hélice, n’a-t-il pas hésité à dire dans un colloque: «Pourquoi les gens devraient-ils avoir le droit d’avoir des enfants?» en proposant de «délivrer des permis» pour que «des parents qui ne seraient pas très convenables sur le plan génétique ne soient autorisés qu’à avoir un seul enfant ou peut-être deux, à certaines conditions» [3]. Le fantasme du contrôle de la reproduction humaine est toujours présent dans ce qu’on a appelé «la quête du Graal» à propos non seulement du DPI, mais encore du séquençage du génome, d’où la question posée par le philosophe Habermas: n’y a-t-il pas une pente irrésistible vers l’eugénisme libéral? Ce dont s’est récemment inquiété Didier Sicard, président du Comité national d’éthique, dans une interview au Monde (5 février 2007): la diffusion du DPI menace d’y conduire en se réclamant de «l’enfant parfait», et tout en en dénonçant la dérive, il souligne néanmoins que cet acquis scientifique est irréversible. Comme dit la voix populaire, on n’arrête pas le progrès.
Dans l’histoire de la politisation de la science, l’eugénisme a été l’occasion — le barbarisme s’impose par analogie — de la scientification de la politique: les experts démographes, généticiens, médecins, ont été appelés à déterminer la volonté politique à la faveur des lois de stérilisation. Cette politisation s’est manifestée encore davantage dans le cadre des régimes totalitaires: division entre science aryenne et science juive en Allemagne, entre science prolétarienne et science bourgeoise en Union soviétique (où la recherche politisée a culminé avec l’affaire Lyssenko). On est très loin désormais de la vocation et des préceptes exprimés par la Charte de la Royal Society. C’est la Deuxième Guerre mondiale qui fait entrer la recherche fondamentale proprement dite sur le champ de bataille. Comme l’a dit Robert Oppenheimer, le maître d’œuvre du Manhattan Project qui déboucha sur les bombes de Hiroshima et de Nagasaki, «la physique a connu le pêché». Mais dans le même discours il insistait sur le fait qu’il «ne faut pas confondre l’acteur et l’instrument», allant jusqu’à recommander à ses collègues de ne pas se compromettre dans les marécages de la politique, car ce serait «justifier l’intrusion la plus hasardeuse des scientifiques, la moins savante, la plus corrompue, dans des domaines où ils n’ont pas ni l’expérience ni le savoir ni la patience pour y accéder»[4]. Autrement dit, les scientifiques y sont pour quelque chose et ils n’y sont pour rien: comme disent les enfants pris en faute, c’est les autres. Plusieurs commentateurs ont souligné l’influence que la Bhagavad-Gita et la culture védique ont exercée sur Oppenheimer (il fut, étudiant à Berkeley, disciple d’Arthur William Ryder, grand spécialiste de sanskrit et de la philosophie hindoue).
Dans ce poème védique, le prince Arjoun refuse d’aller au combat parce qu’il a reconnu dans l’armée adverse des parents et des maîtres. Mais le conducteur de son char, Krishna (un avatar de Vishnou) lui enjoint de combattre, car il appartient à la classe des guerriers et donc son devoir est de combattre. Comme celui d’Arjoun, le dharma d’Oppenheimer implique qu’il doive accomplir ce qu’un guerrier est appelé à faire, parce que de toute façon la main qui lance la flèche n’est pas celle qui tue, c’est le fait du dieu. Dans le Gita, la notion que les «fruits du travail» ou les «fruits de l’action» — les conséquences de ce que l’on fait — sont dans les mains de Vishnou ne cesse pas de se répéter: l’acteur et l’instrument sont dissociés. Accomplir son job de scientifique est le devoir, ce qui suffit à surmonter tout sens d’une responsabilité, puisque la décision de lancer la bombe est au-delà de la compétence proprement technique. Il est pourtant très évident qu’Oppenheimer fit partie du processus de prise de décision qui déboucha sur Hiroshima. Tout au contraire, deux semaines avant le lancement de la bombe, il pressait encore les chefs militaires de s’assurer que le «gadget» explosât à une hauteur et dans des conditions météorologiques telles que le feu et le souffle puissent entraîner le maximum de dommages. Bien qu’il ait dit que les physiciens aient connu le péché, il déclara plus tard, lors d’une émission télévision, que «lorsque vous jouez un rôle significatif dans la mort de quelques 100.000 personnes et dans les blessures d’un nombre comparable de victimes, naturellement vous ne pouvez penser à cela aisément». Un certain malaise, mais pas l’angoisse: c’est une sorte de détachement digne de la philosophie védique, il y avait le job à accomplir, et donc pas de réticence. Comme il lui arrivé de le dire, «quand vous descendez droit au fond des choses, la raison pour laquelle nous avons fait ce travail fut une nécessité organique. Si vous êtes un scientifique, vous ne pouvez pas arrêter une telle chose. Si vous êtes un scientifique, vous croyez qu’il est bon de découvrir comment le monde fonctionne ?...? qu’il est bon d’offrir à l’humanité en général le plus grand pouvoir possible de contrôler le monde» [5].
Voilà qui désigne une communauté du déni au sens où, suivant nombre de témoignages des scientifiques qui participent à la mise au point des systèmes d’armes les plus raffinés et les plus redoutables, ils se disent comme Freeman Dyson «du côté à la fois des guerriers et des victimes». Dyson, conseiller du Pentagone pour la conception de nouveaux systèmes d’armes, peut tout à la fois prendre part chaque dimanche, dans l’Église presbytérienne de Nassau, aux prières pour le désarmement et se montrer bouleversé par le témoignage de cette pédiatre spécialiste de leucémie qui dénonce les overdoses de radiations à Hiroshima, et le jour suivant aller à Washington, pour discuter avec des officiers-généraux les moyens d’améliorer les bombes nucléaires et d’inventer de nouveau systèmes d’armes. Tel est aussi le double bind que l’anthropologue et psychanalyste Gregory Bateson a mis en lumière, la situation dans laquelle on est contraint — ou l’on se contraint soi-même — à affronter deux termes d’une alternative absolument contradictoires, très exactement impossibles à vivre, dont l’impossibilité même de les surmonter peut conduire à la folie. Il est vrai qu’il est arrivé à Dyson de se définir comme «un chrétien pratiquant qui ne croît pas en Dieu». De fait, pour le scientifique-guerrier, les deux termes de l’alternative sont apparemment très conciliables, quelle que soit l’intensité des troubles de conscience qu’il affronte et qu’assurément il ne refoule pas: la dénégation ne relève pas de l’inconscience, elle n’est pas refoulement, mais parfaitement inscrite dans la conscience. Dyson est entré sans trop de difficultés dans les raisons des deux mondes auxquels il se sent également appartenir, «le monde des guerriers et celui des victimes». Sa propre description mérite d’être citée: «Le monde des guerriers est celui que je vois quand je me rends à Washington ou en Californie pour conseiller les militaires sur leurs problèmes techniques»: un monde dominé par les mâles, qui comprend des faucons et des colombes, des généraux et des professeurs, qui parle la même langue, avec le même style délibérément froid, sans émotion ni rhétorique, qui applaudit à l’humour sec et abhorre la sentimentalité. «Le point de vue des guerriers, dit-il, est fondamentalement conservateur, même quand ils se considèrent eux-mêmes comme libéraux et révolutionnaires. Ils acceptent le monde avec toutes ses imperfections comme une donnée; leur mission est de préserver et de corriger ses imperfections, non de le reconstruire à partir de ses fondations» [6]. C’est le monde de John von Neumann, de Herman Kahn, d’Edward Teller, entre autres, de tous ceux pour lesquels la guerre, ses enjeux, ses coûts et ses victimes se ramènent à des calculs quantitatifs du style coûts-bénéfices: le plaisir de chercher et la griserie de la technique y rivalisent avec la conviction politique — celle-ci recouvrant ceux-là de sa bonne conscience.
À l’autre extrême, ajoute-t-il, «le monde des victimes est celui que je vois quand j’écoute les contes de fées de ma femme du temps de son enfance pendant la guerre en Allemagne, quand nous emmenons nos enfants visiter le musée du camp de concentration de Dachau, quand nous allons voir au théâtre Mère Courage de Brecht, quand nous lisons Hiroshima de John Hersey ou Pluie noire de Masuji Ibuse, […] quand nous sommes assis avec une foule d’étrangers dans une église et l’entendons prier pour la paix, ou quand je me livre à mes propres rêves de la fin du monde». Un monde dominé par les femmes et les enfants, où les jeunes sont plus nombreux que les gens âgés, où l’on prête attention aux poètes plutôt qu’aux mathématiciens: le monde des pacifistes et des écologistes, celui aussi des scientifiques chez lesquels le respect de la nature et de la vie rivalise avec la passion pour la science — et le plaisir de chercher. Ces deux mondes s’opposent comme la nuit et le jour, avec des règles du jeu, des arguments et des valeurs irréconciliables: «Le monde des guerriers décrit le résultat de la guerre dans la langue des ratios d’échanges et du coût-efficacité; celui des victimes le décrit dans la langue de la comédie et de la tragédie». Cette ambivalence — contradiction, dichotomie ou même schizophrénie — éclaire la spécificité du rôle que les scientifiques-guerriers assument aujourd’hui dans nos sociétés. Et qu’on ne parle pas du patriotisme ou de l’idéologie comme de l’aiguillon majeur de leur comportement! Nul, assurément, ne songerait à leur reprocher de contribuer, comme tout citoyen, à la défense de leur pays, fût-ce en travaillant au renouvellement des arsenaux. Personnellement, compte tenu de ma propre expérience durant la Seconde Guerre mondiale, je serais le dernier à dire qu’un pays, et le nôtre en particulier, peut se passer des militaires et d’une politique de défense à laquelle le scientifique, comme tout autre citoyen mobilisable, est appelé à prendre part. De plus, il faut bien rappeler que très rares ont été les scientifiques qui, comme Einstein, se sont proclamés pacifistes en se réclamant de la non-violence. Mais Einstein lui-même admettait, tout comme au reste Gandhi, que l’usage de la force s’impose si l’on est confronté à un ennemi qui poursuit la destruction de la vie comme une fin en elle-même.
Le problème moral que les chercheurs affrontent ne réside pas dans le fait qu’ils soient ainsi mobilisables au sein même de leurs laboratoires, il tient d’abord à la nature même des armes de destruction massive qu’ils sont les seuls à être en mesure de concevoir, d’inventer et de mettre au point, c’est-à-dire à leur gigantesque capacité de destruction. Ici abondent les témoignages de chercheurs associés au complexe militaro-industriel qui les montrent découvrant, comme des apprentis-sorciers, qu’ils «sont allés trop loin». Mais il y aussi autre chose dans cette prise de conscience: ce qui a fait d’eux des guerriers n’est pas tant le sens du devoir que le plaisir irrésistible de la recherche. En termes freudiens, la culture de mort dont peut se nourrir l’art militaire trouve dans la recherche vouée aux armes de destruction massive une véritable source d’érotisation et de narcissisme. Et de ce point de vue, l’éclairage du déni n’est pas qu’ils soient allés trop loin, mais qu’à leurs yeux ils ne vont jamais assez loin. Le thème du déni de réalité vient d’un psychanalyste français, Michel Fain, qui renvoie à une communauté d’identification — mise en commun du déni — pour renforcer en fait un déni personnel: opposition entre deux personnes au sein de la même personne [7]. En deux mots, cela revient à dire ou faire croire: voilà ce que je ne suis pas, pour en fait désigner ce que je suis, une façon de présenter ce qu’on est sur le mode de ne l’être pas. En ce sens, le modèle du rôle qu’exercent aujourd’hui certains scientifiques n’est ni celui de Frankenstein ou de Faust — le pacte avec le diable — ni davantage celui du Dr Jekyll et Mr Hyde qui signale un dédoublement de la personnalité. C’est en réalité celui de comportements simultanément voués à des conséquences contradictoires, dont l’imputation est récusée. Les deux mondes, celui des guerriers et celui des victimes, habitent les mêmes personnes comme deux faces inversées d’une même obsession C’est le modèle même de la dénégation, à laquelle Freud a consacré un court texte de quatre à cinq pages, d’une extrême subtilité [8].
Or, il faut bien rappeler que les scientifiques sont les seuls à pouvoir manipuler les phénomènes naturels, comprendre et maîtriser le secret des atomes et de leurs noyaux — ou des gènes et des virus, car désormais l’ingénierie génétique résultant des progrès de la biologie moléculaire ne suscite pas moins l’intérêt des militaires — jusqu’à en faire des armes de destruction massive. Ce n’est pas Roosevelt qui a eu l’idée d’un armement nucléaire, c’est Léo Szilard qui rédigea la lettre signée par Einstein pour alerter le président des Etats-Unis sur la menace nazie d’une bombe atomique. Ce n’est pas davantage Reagan qui a inventé «la guerre des étoiles», c’est Edward Teller qui l’a inspirée et initiée, tout comme il a été à la source de «la Super», la bombe thermonucléaire. Herbert York, qui dirigea sous plusieurs présidents des Etats-unis l’Agence des recherches avancées du Pentagone (ARPA), a décrit sa «philosophie» (c’est son mot) comme n’ayant pas d’autre objectif que l’innovation à tout prix: «toujours pousser aux extrêmes de la technologie. Nous n’attendions pas des autorités qu’elles nous disent ce qu’elles voulaient. Bien plutôt nous décidions dès le départ de construire des dispositifs nucléaires qui poussaient l’état de l’art au-delà des frontières explorées sur le moment». A s’en tenir à leurs témoignages, d’un côté ils prennent un véritable plaisir à ces recherches et, de l’autre, on les voit parfois se muer en missionnaires de la paix, notamment au sein des conférences Pugwash où ils se battent contre la prolifération et pour un désarmement. Einstein a dit que ceux qui avaient travaillé à la bombe atomique étaient poussés à œuvrer pour la paix comme en expiation. La communauté du déni oscille entre Eros et Thanatos, entre l’instinct de plaisir et la culture de mort qui inspire l’escalade des systèmes d’armes de destruction massive. C’est très exactement ce que j’ai appelé il y a longtemps, dans Science et politique, le «complexe du délice technique», par référence à la formule fameuse de Robert Oppenheimer qui s’était opposé contre Edward Teller au programme visant à la construction de la bombe thermonucléaire. Il s’y était opposé en premier lieu parce qu’il considérait que les armes nucléaires alors disponibles suffiraient à tenir tête à la menace soviétique, mais aussi et surtout, parce qu’il pensait le projet tout simplement voué à l’échec. Quand Teller et Ulam démontrèrent que c’était possible, il s’y rallia aussitôt en déclarant: «Le programme que nous avions en 1949 était une chose torturée dont on pouvait fort bien démontrer qu’il n’avait pas grand sens technique. Il était donc possible de démontrer aussi qu’on n’en voulait pas, même si on pouvait l’avoir. Le programme en 1951 était si techniquement délicieux (technically sweet) qu’on ne pouvait s’interroger à son sujet. Il y avait purement et simplement le problème militaire, politique et humain de ce qu’on en ferait lorsqu’on l’aurait» (c’est moi qui souligne). Avant même de rappeler pourquoi il s’était rallié à la Super, il avait déjà utilisé la même formule du «délice technique» à propos de son engagement dans la mise au point des bombes A: «C’est mon jugement en ces matières que, lorsque vous voyez quelque chose qui est techniquement délicieux, vous allez de l’avant et vous le faîtes et vous ne vous demandez ce qu’il faut en faire qu’après avoir obtenu votre succès technique» [9].
En somme, il y a, d’un côté, le narcissisme et la sublimation, la griserie technique, le plaisir, le délice de la recherche, de ses problèmes excitants à résoudre et de ses trouvailles à engendrer: puisque c’est possible, il faut le faire avec l’enthousiasme irrépressible qui mène à la découverte du Nouveau Monde. De l’autre côté, il y a l’ambiguïté de l’histoire, des conflits de valeurs et de responsabilité qui ne sont pas l’affaire (prétendument) du scientifique, mais celle de la société qui y trouvera ou n’y trouvera pas son compte. Ce qu’on en fera sur le plan militaire, politique et humain soulève des questions qui, au-delà de l’Eros du chercheur, ne relèvent pas plus de son imaginaire que de sa conscience. C’est là le modèle même de la communauté du déni: vous ne vous demandez ce qu’il faut en faire qu’après avoir obtenu votre succès technique. Mais pourquoi aller jusqu’à Freud et la psychanalyse? Il suffit de s’en tenir au bon La Fontaine qui, dans La chauve-souris et les deux belettes, a très bien décrit comment, pour ne pas être dévorée par les belettes, la chauve-souris sait présenter ce qu’elle est sur le mode de ne l’être pas:

Moi souris!
Je suis oiseau, voyez mes ailes
Vive la gent qui fend les airs!

Deux jours plus tard, à nouveau piégée, le mammifère rongeur a cette fois affaire à une belette ennemie des oiseaux:

Moi pour telle passer! Vous n’y regardez pas.
Qui fait l’oiseau? c’est le plumage.
Je suis souris: vivent les Rats

Dyson, grand physicien théoricien, membre à vie de l’Institute for Advanced Study de Princeton qui hébergea Albert Einstein lorsqu’il émigra aux États-Unis et dont Oppenheimer fut l’un des directeurs, met fort honnêtement le doigt sur le sens de ce déni. Il a beaucoup écrit sur son propre parcours, et il n’a jamais caché sa mauvaise conscience depuis qu’il participa à Los Alamos, très jeune, aux côtés de son ami Richard Feynman, futur prix Nobel, aux calculs qui débouchèrent sur la bombe. «Les physiciens de Los Alamos, écrit-il, n’ont pas péché pour avoir construit une arme meurtrière. Construire la bombe atomique, alors que leur pays était engagé dans un conflit désespéré contre Hitler, était un acte moralement justifiable. Mais ils ne s’étaient pas contentés de construire la bombe, ils avaient pris plaisir à la faire (c’est moi qui souligne); ils avaient vécu la meilleure période de leur vie à Los Alamos. Voilà, je pense, ce que voulait dire Oppie (Oppenheimer) en disant qu’ils avaient connu le péché. Et il avait raison» [10]. La culpabilité ne tient pas tant à la création de la bombe, qu’au plaisir qu’on y a pris. Il y a, il est vrai, suivant tous les mystiques, quelque plaisir aussi à commettre des péchés et même de la gourmandise dans le péché de chair. Ainsi Herbert York, proposa-t-il au général Eisenhower à peine parvenu à la Maison Blanche un projet de bombe atomique de 20 mégatonnes: «Folie! répondit Eisenhower. Il faut que cesse cette course à la folie!» De même Sakharov, avant de devenir le champion des droits de l’homme en Union soviétique, a-t-il proposé de mettre au point une bombe thermonucléaire encore plus puissante, transportée par un sous-marin géant qui aurait attaqué de près les côtes américaines. A sa grade surprise, il s’est vu répondre par l’amiral Tomine: «Les officiers et les soldats de ma flotte sont habitués à combattre uniquement des adversaires en bataille ouverte». «Je me sentis profondément mal à l’aise, dit Sakharov, et ne parlais plus de ce sujet à qui que ce soit». Le même Sakharov a dit qu’en s’attaquant à la bombe H il a vu dans «la physique des explosions atomiques et thermonucléaires le paradis du théoricien». C’est ce qui a conduit Karl Popper à voir en lui, pour cette partie de son parcours, un criminel de guerre [11]. Même plaisir, même érotisation de la recherche chez Oppenheimer ou chez Dyson: celui-ci a raconté que ses recherches sur le projet Orion (une fusée géante mue par un moteur nucléaire, qui n’a eu aucun avenir, puisqu’elle pouvait retomber sur terre et répandre ses éléments radioactifs) ont constitué «les années les plus heureuses de sa vie ?…? L’idée de s’élancer vers le ciel dans une gerbe de feu nucléaire était encore une pensée euphorique». Plus tard, ayant comme il dit changé et découvert les enjeux de l’environnement, Orion lui est apparu «comme une ignoble créature qui déverse ses immondices radioactives un peu partout» [12]. Ou encore Ken Alibeck, l’homme qui a dirigé en Union sociétique le Bioprerarat, le réseau des laboratoires voués aux armes biologiques qui écrit avec une ingénuité digne d’un enfant: «Les résultats de nos travaux pouvaient servir à tuer des gens, mais je ne pouvais pas concevoir comment réconcilier ce savoir avec le plaisir de la recherche» [13]. Et quand ce n’est pas le plaisir, c’est l’intérêt exclusif de la vocation pour «la manip», quelle que soit la cause à laquelle elle est dédiée: c’est ce qui a fait de Werner von Braun, officier supérieur SS, un mercenaire passant allégrement des V1 et V2 qu’il construisait dans le camp de la mort de Dora à la fusée Saturne du programme Apollo, et qui a reconnu sans hésiter: «Tout ce que je veux réellement c’est un oncle riche» — en somme, après l’oncle Himmler, l’oncle Sam. Aussi le discours que sir Michael Atiyah — médaille Fields et prix Abel 2004 — a prononcé à l’occasion de la fin de son mandat de président de la Royal Society est-il révélateur d’un véritable malaise: à quelles conditions la grande majorité des scientifiques peuvent-ils retrouver le prestige perdu par l’équivoque des rôles qu’ils exercent dans nos sociétés? L’exemple qu’il donne, entre beaucoup d’autres, est celui qui illustre le mieux la responsabilité directe des scientifiques dans la mise au point d’une arme et la façon dont, créateurs et réparateurs, instruments de mort et champions de vie, pompiers allumeurs d’incendie, ils sont appelés à remédier au mal dont ils sont eux-mêmes les auteurs: «Les mines nouvelles contiennent peu de métal, et sont difficilement repérables. On les a sans doute développées dans ce but précis. Ce qui était un avantage pendant les opérations militaires devient un désastre pour l’environnement lorsque la paix est revenue. Quelle ironie: les scientifiques doivent maintenant résoudre un problème qu’ils ont eux-mêmes créé». Ce problème — cet enjeu à la fois éthique et politique — est pourtant régulièrement objet de dénégation de la part de nombreux scientifiques. Il faut bien voir qu’aujourd’hui seule une petite partie des scientifiques se consacre à des recherches fondamentales sans considération d’objectifs à court ou moyen terme. La grande majorité d’entre eux se trouvent désormais dans des laboratoires industriels et dans les arsenaux, et il ne leur est pas facile de résister aux pressions du complexe militaro-industriel qu’ils nourrissent et dont ils sont tributaires.
Résister et même se désolidariser a évidemment un prix: le risque non seulement de se couper de la communauté, mais aussi de ne plus participer, faute de soutiens et de crédits, au cours de la science. Et pire encore, dans un système totalitaire, c’est s’exposer à la menace de la prison, de la torture, de l’hôpital psychiatrique ou de la mort. Le témoignage très récent de Hussein Al-Shahristani est éloquent: en 1979, ayant refusé de travailler à une bombe nucléaire pour Sadam Hussein, il fut torturé 22 jours et nuits et passa solitaire dans une cellule 11 années et 13 mois de sa vie. Il put finalement s’évader et s’installer en Angleterre jusqu’à la fin du régime. Par définition, ces exemples de résistance ne courent pas les rues, mais ils ne sont pas rares, par exemple Norbert Wiener, Edwin Chargaff, Linus Pauling, Joseph Rotblat, Bertrand Russel. Chargaff en particulier s’est à ce point opposé aux militaires et à ses collègues travaillant pour le Pentagone qu’il est devenu la «brebis galeuse» de la communauté, au point de passer à côté du prix Nobel alors qu’il le méritait pleinement. C’est à lui qu’on doit cette perle: «Si des oratorios pouvaient tuer, le Pentagone aurait depuis longtemps soutenu la recherche musicale» [14]. L’esprit de résistance ne sauve pas seulement l’honneur, il exclut toute adhésion au mal. C’est pourquoi je fais un «éloge de la dissidence» en décrivant trois cas d’autant plus exemplaires que leur intervention dans les affaires de la cité s’est faite précisément sur la base et dans la revendication des valeurs qui ont inspiré leur démarche scientifique. C’est Paul Painlevé qui intervient dans l’affaire Dreyfus en démontrant à la fois l’incompétence de Bertillon à la Préfecture de police manipulant les statistiques et l’imposture de la fameuse pièce 96 du dossier tenu secret. On lui a précisément reproché de s’engager dans l’affaire non pas comme un intellectuel parmi d’autres, mais au nom même de la science [15]. C’est le combat mené par Sakharov, enfant chéri du régime soviétique, qui est devenu le symbole de la lutte contre les surenchères de l’armement nucléaire, le relais du combat mené par Niels Bohr pour «une société ouverte» et le champion de la défense des droits de l’homme au prix de menaces de mort, de poursuites, de brimades (ne pas pouvoir aller à Stockolm recevoir le prix Nobel de la paix) et finalement l’exil à 400 kilomètres de Moscou, quasi totalement isolé sous une surveillance policière constante. Dans son Manifeste de 1968, il soulignait que «c’est par la méthode scientifique» qu’il s’est attaqué aux désordres du monde [16]. Enfin c’est l’exemple d’Einstein qui incarne toutes les contradictions d’une science irrésistiblement prise aux pièges de l’histoire, à la fois citoyen du monde, «bohémien sans patrie» comme il se définissait lui-même, combattant de la paix convaincu que «l’absence de ruse» caractéristique à ses yeux du système de la nature peut servir de modèle pour réduire la ruse dans le système humain des relations collectives (Gott ist raffiniert, aber nicht bösich). Contre la barbarie dont témoigna le XXè siècle, il n’a pas cessé de dénoncer «l’avilissement des chercheurs soumis à l’esclavage des Etats-nations» et de rêver d’une organisation mondiale supra-étatique s’inspirant des valeurs de vérité et de coopération propres à la démarche scientifique [17].
On peut, on doit s’interroger aujourd’hui sur les conditions à remplir pour que soit possible une science vraiment «citoyenne», c’est-à-dire pleinement consciente de sa responsabilité sociale. En ce sens, je ne connais pas de plus belle apologie que celle de Victor Weiskopf, autrichien refugié aux Etats-Unis, qui passa par l’Institut de Niels Bohr à Copenhague, devint professeur au MIT, puis «premier professeur invité à la Sorbonne» avant de diriger le CERN après avoir participé au programme Manhattan. Il est clair que sa posture, comme celle de la plupart des savants émigrés de l’Ancien empire austro-hongrois, s’inspirait d’une culture profondément humaniste, où la compétence technique ne se gênait pas de s’interroger sur le sens de ce sur quoi elle débouche. C’est bien pourquoi, pour ceux d’entre vous qui se destinent à une carrière scientifique, il me semble que son témoignage peut et doit constituer une sorte de viatique à la fois éclairant et surtout encourageant. Dans des conférences sur «La signification de la science», qui furent comme son testament intellectuel et éthique, on voit bien que le parti qu’il a pris, après son expérience du Manhattan Project, n’est d’aucune façon celui des guerriers. Ce que souligne le prix Nobel Hans Bethe, préfaçant le livre où elles ont été publiées: «Toute sa vie il a poursuivi la connaissance et y a contribué, toute sa vie il a montré de la compassion. Lorsque dans les années 1950 la connaissance seule est devenue primordiale et que toutes les applications possibles de la connaissance scientifique à la technologie des armements devaient être poursuivies sans égard pour leurs conséquences sur la famille humaine, Weiskopf s’est tourné vers la compassion». De fait, «Vicki» Weiskopf conclut ainsi ces conférences: «Toutes les composantes et tous les aspects de la science sont reliés entre eux. La science ne peut se développer sans être poursuivie en vue de la connaissance pour elle-même. Elle ne survivra que si on l’utilise intensément et sagement pour améliorer le sort de l’humanité et non pas comme un instrument de domination d’un groupe sur un autre. L’existence humaine dépend de la compassion et de la curiosité. La curiosité sans compassion est inhumaine; la compassion sans curiosité est impuissante» [18].

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[1] Ce texte est une version remaniée et élargie d’une conférence donnée devant les élèves de Première supérieure (Préparation à l’Ecole normale supérieure, à l’Ecole Polytechnique et à HEC) et leurs professeurs au Lycée Louis-le-Grand, Paris, 15 mars 2007. Sur l'argument l'auteur a publié le livre Les Scientifiques: Entre pouvoir et savoir (Albin Michel, Paris 2006).
[2] R. DAUTRAY, Mémoires – Du Vel’d’hiv à la bombe H, Odile Jacob, Paris 2007, p. 231 et note 3, p. 331.
[3] F. CRICK dans Eugénisme et génétique: discussion, in G. WOLSTENHOLME (sous la direction de), Man and his Future, CIBA Foundation, Little Brown, Boston 1963, pp. 274-275.
[4] R.J. OPPENHEIMER, Physics in the Contemporary World, “Bulletin of the Atomic Scientists”, IV,3, March 1949, p. 67.
[5] Ibidem.
[6] F. DYSON, Weapons and Hope, Harper and Row, New York 1985, pp. 4-6.
[7] Voir M. FAIN, Le désir de l’interprète, Aubie-Montaigne, Paris 1982.
[8] S. FREUD, Verneinung, in Gesammelte Werke, XIV, p. 11-15. Il existe un commentaire remarquable de ce texte par Jean Hyppolite, introduit et commenté par Jacques Lacan, dans la revue La Psychanalyse, n. 1, PUF, Paris 1956, p. 17-48.
[9] In the Matter of J. R. Oppenheimer, A Transcript of Hearing Before Personnel Security Board, USGPO, Washington 1954, p. 251 et 81.
[10] F. DYSON, Les dérangeurs de l’univers (Disturbing the Universe), Payot, Paris 1986, p. 68.
[11] A. SAKHAROV, Memoirs, Knopf, New York 1990, p. 96-97; K. POPPER, La leçon de ce siècle – Entretien avec Gian Carlo Bosetti, Editions Anatolia, Paris 1993.
[12] F. DYSON, Les dérangeurs de l’univers (Disturbing the Universe), cit., p. 113 et 117.
[13] K. ALIBEK – S. HANDELMAN, La guerre des germes: l’histoire vraie du secret le plus terrifiant de la guerre froide, Presses de la Cité, Paris 2000.
[14] E. CHARGAFF, Le feu d’Héraclite, Viviane Hamy, Paris 2006, p. 192. Chargaff est celui qui, menant des recherches sur les acides nucléiques, a découvert en 1950 la composition en quatre bases de l’ADN et en a formulé les règles qui portent son nom: avancée capitale, qui a mis sur la voie du décryptage de la substance héréditaire des êtres vivants (la structure en double hélice. Découverte par Watson, Cricks et Wilkins).
[15] Voir V. DUCLERT, Paul Painlevé et l’affaire Dreyfus: l’engagement singulier d’un savant, Paul Painlevé (1863-1933): un savant en politique (sous la direction de C. FONTANON – R. FRANK), Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 13-40.
[16] Voir C. RHEAUME, Sakharov: science, morale et politique, Préface d’Elena Bonner, Presses de l’université Laval, Montréal 2004.
[17] A. EINSTEIN, Adresse à la société italienne pour le progrès de la science, Œuvres choisies, vol. 5, Science, éthique, philosophie, Seuil/CNRS, Paris 1991, p. 175.
[18] V.F. WEISKOPF, “The Significance of Science”, Physics in the Twentieth Century, Selected Essays, MIT Press, Cambridge 1972, p. 364 (Bethe, page 7).